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Histoire et pauvreté au Burkina Faso

Le dictionnaire Larousse (1997) définit la pauvreté en ces termes: « Manque d'argent, de ressources; état d'une personne pauvre. Aspect de ce qui dénote le manque de ressources ».
Au forum de la recherche et des innovations technologiques (FRSIT - Se édition) tenu du 11 au 18 mai 2002 à Ouagadougou sur le thème de la lutte contre la pauvreté au Burkina Faso, trois ministres ont donné des conférences publiques sur la politique de leurs différents ministères en la matière.
Aucun d'eux n'a défini sa conception de la pauvreté ou celle du gouvernement. L'un d'eux s'est contenté d'affirmer que « au Burkina Faso, la pauvreté se vit, se sent et chacun sait ce que c'est! ».
Et pourtant, concevoir des cadres participatifs, atteindre la sécurité humaine et autonomiser les populations les plus vulnérables, suppose une identification claire et précise des maux et des obstacles réels qui ont jusqu'ici empêché la réalisation.de ces objectifs. Faut-il croire à un combat sans adversaire ou sans ennemi clairement identifié et connu?
Au-delà des définitions livresques, des calculs statistiques ou des analyses des économistes, il y a comme un besoin d'une réflexion globale sur le problème de la pauvreté en Afrique. C'est cette réflexion qui va nous autoriser, tout au long de cette étude, à revisiter des évidences théoriques qui n'en sont pas sur le terrain, au sein des sociétés rurales du Burkina Faso en particulier.
L'histoire du processus d'appauvrissement, qui peut aussi se lire comme un échec de la volonté de travestir les réalités socio-économiques et culturelles africaines, nous conduit à nuancer les connaissances existantes, à rechercher les « non dits » et à nous ouvrir à des lectures nouvelles ou innovantes.
Disons qu'en Afrique, dans sa forme comme dans son fond, dans ses représentations, ses symboles comme dans ses a-priori idéolo¬giques et politiques, la pauvreté a une histoire. Elle ne peut se comprendre, s'expliquer et s'analyser scientifiquement sans référence à l'histoire tout à fait particulière de ces esclaves d'hier qui cherchent aujourd'hui à être des citoyens du monde, comme tous les autres peuples des autres continents.
Histoire et pauvreté marchent ensemble depuis des siècles en Afrique. Mais, au cours des dix dernières années les bailleurs de fonds pour le développement de l'Afrique ont choisi d'isoler « la pauvreté », de la mettre en vedette, et d'occulter l'autre dimension indissociable qui reste « l'Histoire ».
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Table des matières

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Preface

Colonisation et pauvreté: les avatras d'un territoire-reserve ( 1896-1960)

Création et suppression d'une colonie

La ré-creation de la Haute-Volta

L'indépendance dans l'amitié avec le colonisateur (1960-1983)

L'auto-ajustement révolutionnaire qui réduit les inégalités et la pauvrété (1983-1991)

La lutte contre la pauvrété dans la période d'ajustement structurel (1991-2002)

Le PAICB/LCP: une voie d'accès aux ressources et aux crédits pour tous?

Le programme de developpement local (PDLSAB: 2002-2006): démocratisation de l'accès au crédit et aux services sociaux ?

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

Écouter les pauvres


Le manque d'écoute des pauvres (ou des supposés tels) dans la formulation des stratégies de lutte contre la pauvreté en Afrique, et au Burkina Faso en particulier, est frappante. Pourtant toute stratégie de lutte doit savoir accorder une importance primordiale à la vision des pauvres sur la pauvreté.
Entre le discours idéologique de « lutte contre la pauvreté» et les projets concrets sur le terrain de la lutte, il y a risque de ne pas trouver de pauvreté et surtout, ne pas trouver de pauvres qui se pensent et se croient pauvres.
On a signalé plus haut dans les cultures des communautés humaines vivant au Burkina Faso, les concepts de pauvreté et de lutte contre la pauvreté reflètent tout autre chose que ce que les langues étrangères comme le français ou l'anglais véhiculent sur le sujet.
Pour cette raison, à notre humble avis, toute stratégie viable et opérationnelle de lutte contre la pauvreté doit se contextuali¬ser en priorité à partir de la vision, des valeurs et des espérances des populations. Cette vision existe au Burkina Faso dans les langues nationales non-officielles, non reconnues et non intégrées jusqu'ici dans la vie institutionnelle moderne comme l'école, la justice, l'administration, etc...
Sawadogo Kimseyinga (1997), professeur de sciences économiques à l'Université de Ouagadougou, est un des rares éco¬nomistes nationaux ayant tenté une approche critique du phénomène de la pauvreté qui intègre la vision des pauvres sur la pauvreté. Il constate qu'au Burkina Faso, chaque formation sociale et chaque culture a sa conception de la pauvreté. Ainsi, se basant sur les deux exemples du moore et du dyula, il montre que dans ces deux langues, la pauvreté se rattache nécessairement au travail, à la maladie, à l'incompétence et à la paresse.
Autrement dit, le pauvre, c'est le malade, l'incompétent ou le paresseux. Une femme ou un homme en parfaite santé ne peut tout simplement pas être pauvre, sauf s'il s'agit d'un paresseux ou d'une paresseuse! Sten Hagberg, auteur de « Poverty in Burkina Faso », nous a raconté un entretien édifiant avec un éleveur peuhl, en pleine saison sèche au sahel. Concernant la pauvreté sa position a été claire et nette:
«Dieu merci! J'ai une femme avec un enfant. Les voici sur le dos de l'âne. Ils se portent très bien. Mon bétail (bœufs, moutons et chèvres) est suffisant. Je prie Dieu afin qu'il continue de m'éloigner de la pauvreté! ». Cet éleveur n'a ni eau courante, ni électri¬cité, ni téléphone, ni dispensaire à proximité, ni école. C'est une vision endogène du phénomène de la pauvreté.
Il est regrettable de constater qu'en matière de lutte ciontre la pauvreté, les gouvernements et leurs bailleurs de fonds continuent de refuser de prendre en compte ces visions propres et internes des populations rurales sur « la pauvreté et les groupes sociaux vulnérables ».
Il est à craindre que le refus et le mépris pour « la voix des pauvres» dans l'élaboration des stratégies de lutte contre la pauvreté (négociées entre bailleurs de fonds extérieurs et gouvernements) conduisent et conduiront à des impasses.
Conçues hors contexte à partir des agrégats macro-économiques, sans prise en compte des travaux des chercheurs en sciences sociales (anthropologues, sociologues, linguistes et politologues) les stratégies sont vite réduites à des plaidoyers pour l'obtention de financements de projets sans plus.
Mais les financements extérieurs à eux seuls ne peuvent pas lutter contre la pauvreté, assurer un développement humain durable, par la formation de femmes et d'hommes compétents et compétitifs. Le dialogue de sourds entre États et sociétés, entre élites politiques et non citoyens, entre pays légal et pays réel risque de perdurer. Ce risque n'est pas nul quand on sait que, en dépit des projets de lutte contre la pauvreté et de l'État de droit, la pauvreté continue de progresser au Burkina Faso.

Rompre avec la prééminence de langue française

< br/> L'approche ethno-linguistique des problèmes de développement est nécessaire « si on veut partir des visions que les populations ont de leur avenir » selon la formule d'Alioune Sall lors de l'atelier de restitution, au siège de l'UNESCO (Paris), le 14 juin 2002.

Présentation sommaire du Projet PHARE